“Maman, est ce que toi tu as un bébé dans le ventre?”

La question qu’on a eu quelque temps, lors de la pma. Je me suis dit qu’il avait le nez fin cet enfant.

Cette question est revenue cette semaine: le week-end dernier, hier puis ce soir. Par le passé, j’ai pu répondre non, laisse moi tranquille, ou jeter un regard désespéré à l’homme.

Aujourd’hui cette question rouvre vraiment une plaie. Hier avait lieu le rdv post opératoire, qui clôt cet épisode physiquement parlant. Enfant pas tant que les cicatrices seront présentes (1 an 1/2 á 2 ans d’après le chirurgien).

Alors quitté á souffrir, autant aller jusqu’au bout.

Déjà en demandant à son enfant pourquoi il posait cette question, s’il voulait que maman ait un bébé dans le ventre, s’il voulait un petit frère ou une petite sœur. Quand auparavant il nous répondait qui, préférait un chien, là il me répond que oui il aimerait bien (et moi donc mon fils…).

Je lui ai expliqué ensuite que parfois, pour certaines personnes c’était très compliqué et difficile d’avoir un bébé dans le ventre. Que pour maman c’était compliqué d’en avoir un. “Mais ça fait longtemps!” (Oh combien je le sais mon chéri)

Je lui ai aussi demande de ne plus me demander si j’avais un bébé dans le ventre car ça me rendait triste. Que j’avais envie de pleurer (comme lui 1h avant quand son père ne triait pas correctement son puzzle…..).

Alors du haut de ses 4 ans et qq ça doit lui paraître compliquer. On n’a d’ailleurs pas plus creuser le sujet, il était tard le soir, et il n’y a pas eu d’autre question.

Je ne sais pas ce qui fait le plus mal: de savoir qu’on est pas en mesure de lui donner un petit frère/sœur quand tous ses camarades/cousins en ont; ou d’essayer de le/se convaincre qu’à 3, on est très bien aussi….

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Y croire

Encore et toujours…

Nous aurons fait 3 FIV IMSI, 8 blasto transférés pour notre fils.

1 TEC et 2 FIV ICSI/TESA pour ce numéro 2.

Nous voici donc, l’homme après son opération, moi après la mienne.

Même si l’envie est toujours très présente, même si ça me titille de reprendre rdv, on va se laisser le temps d’y croire.

Un bébé naturel après une embolisation, ça s’est vu. Même si le spermogramme n’avait pas bougé.

Un bébé naturel avec une trompe, ça s’est vu.

Un bébé naturel après des fiv, ça s’est (pas mal) vu.

Ça s’est vu, chez les autres. Mais à force de persévérer, ça peut peut être nous arriver?

Alors même si cela implique être déçue à chaque J1, on va se laisser quelques mois, histoire de voir si on peut épargner à mon corps une nouvelle fiv…

Le coup de gueule

Une baby shower hier, une annonce surprise sur f*c*b**k que je savais même pas qu’elle était en couple, et une autre “j’aurais franchement attendu mais bon c’est comme ça.”

Je sais pas moi mais si là t’en veux pas et que tu veux attendre, on est au 21eme siècle non? Les moyens de protection, c’est pas fait justement pour quand là, t’en veux pas??? Non??!!

Je sais pas, moi quand je veux pas quelque chose je le fais pas, ou je me met pas en situation de risque quoi.

Enfin bref, je sais qu’il y a plein de situations mais là, ras le pompon! Coup de gueule du jour!

(Je vous épargne les grossesses surprises de mes dernières séries/films)

LA question

Dans un peu moins de 2 semaines, j’aurai mon rdv post-opératoire, qui va conclure la partie “amputation corporelle”.

J’ai bien sûr prévenu ma cheffe, elle même et une de mes collègues sont au courant. Nous sommes une équipe soudée, en petit comité. On se dit les choses, naturellement.

Ce jour là, une activité d’équipe est prévue, à laquelle je ne participerai pas. L’autre de mes collègues me demande pourquoi. Puis me demande, si ce n’est pas indiscret, quelle était cette opération.

Pas envie de mentir, je répond donc que j’ai perdu un bébé (en omettant les 2 fc) et qu’on a dû m’opérer pour enlever “tout ça”. Open space, pas forcément envie d’épiloguer. Et je sentais les larmes monter.

J’ai voulu le dire car “par chance”, il ne devrait pas y avoir de grossesse dans mon équipe. L’une a terminé et plaint ironiquement les femmes enceintes, l’autre est jeune célibataire. Même si je trouve ça agréable d’avoir une collègue qui ne parle pas de couches h24, qui a comme vision d’horreur un autre enfant et que je me joins à elle volontiers, je n’oublie pas que pour moi, ce désir est toujours bien réel. Même s’il est plus facile au jour le jour de plaindre celles qui ne peuvent pas boire que de pleurer sur son sort…

Ce petit événement a juste rappelé à mon bon souvenir que la blessure interne n’était, elle, pas encore guérie. Le temps fait son effet, mais ne l’a pas encore terminé.

Paradoxalement, j’ai envie de ce second bébé, mais j’ai toujours cette peur du positif qui foire. Après les fc, la geu, on n’est pas á l’abri de pire…

Celui qu’on déteste

Le fameux J1, celui qu’on aurait aimé ne pas revoir.

Celui qui rappelle que mon ventre est bel et bien vide (au cas où je l’oublierai).

Celui qui rappelle ce jour fatidique.

Celui qui te fait voir ton dernier cycle bieeeeeen long pour cause de grossesse qui n’est plus.

Celui qui te rappelle que tu es infertile…

4 semaines

4 SG, et 4 semaines depuis qu’il/elle n’est plus là. 1 mois depuis l’opération, 2 mois depuis la ponction.

Ces débuts de mois garderont un goût amer.

Depuis mon ventre a enfin dégonflé. J’ai pu remettre 90% de mes vêtements d’avant. Je garde une bedaine après chaque repas, la poche kangourou.

L’homme se fait opérer de ses varicoceles cette semaine. Cette opération que j’attendais avec impatience me laissent un sentiment d’un pas en avant, un en arrière avec ma trompe en moins.

Je m’attend aussi au fameux syndrome masculin, celui qui veut qu’une maladie d’homme soit bien sûr 1.000 fois pire que celle d’une femme (gardant en tête que c’est sa première anesthésie générale, contre 8 pour moi, 6 imputables à la pma).

La reprise du travail a été ambivalente: heureuse d’y retourner (imaginez le chien qui vous attend après la journée de travail), retrouvant très vite mes marques et mon élément. Et derrière les portes la panique, avec une insomnie dès le premier soir. Tous ces gens si contents de mon retour (“tu restes pour de bon hein?”), beaucoup de pression. Ne pas les décevoir. Savoir que je ne pourrais pas honorer cette promesse en retournant en pma l’année prochaine (si ça marche). Avoir encore plus la pression. La sensation de signer pour 20 ans. Et se dire que c’est bon, la page est bien tournée. Que j’aurai dû être au chaud à couver, au lieu d’être là. Que c’est bien réel.

Dans mon premier mois de reprise j’aurai donc l’opération de l’homme, et aussi son absence dans un autre pays pendant 4j. Un peu trop à mon goût, surtout pour une reprise, j’ai hâte d’avoir un rythme plus routinier.

Les cicatrices sont toujours bien visibles. Le rendez vous post-operatoire sera fin du mois. Pile pour l’accouchement de ma belle sœur (ne pas penser à mes dpa…).

La reprise

Comme l’impression d’avoir vécu ce moment il y a des mois, mais aussi hier.

Aujourd’hui cela fera 3 semaines. 3 semaines depuis ce moment ambivalent, où on voit le coeur de notre petit battre, et le moment où il faut qu’il cesse.

J’aurai dû être à 9 SA aujourd’hui. Ayant eu une échographie à ce stade pour notre premier, je m’imagine parfaitement comment il aurait dû être…

Bientôt, on aura atteint le stade où j’aurai passé autant de temps enceinte, que le ventre vide. Encore 1 semaine…

J’ai dû, cette fois-ci, faire un vrai travail de deuil. Je compartimente, qu’elle m’a dit. Sauf que là le tiroir était plein, le tapis avait trop de trucs dessous, choisissez la bonne métaphore. Prendre conscience des 2 pertes d’avant, même si elles ne se mesurent pas à celle-ci. Dérouler tout ce qu’il s’est passé en 6h, et la violence.

Il m’aura fallu 2 semaines pour prendre conscience et enlever les oeillères. Depuis, ça va mieux, mais j’ai de vraies périodes de crises de larmes. Ces dates en tête, ce chiffre 6 que je vais maudire (6 mai, 6 SA), ces lundis qui vont m’être plus difficiles quelques temps.

Les gens ne savent pas comment réagir. La vie continue, et si on en parle pas, on ne remue pas le couteau dans la plaie. On ne risque pas de blesser en disant une chose de travers aussi. Mais cela isole. On se sent déjà seuls à 8.000km, seuls en PMA, seuls après une fc, seuls après une GEU. Moi je ne vais pas vers les autres. Je n’ai pas envie de les contacter, pour qu’on me demande comment ça va. Pas envie de mentir en disant que ça va bien, pas envie non plus de dire toujours que ça ne va pas. De donner l’impression de prendre des nouvelles pour me plaindre moi.

Pour la première fois dans ce parcours, l’homme et moi sommes déconnectés. On ne vit pas la chose de la même façon. Il lui arrive de me blesser avec des mots.

Je reprends le travail mercredi, cela occupera mes journées, je verrai du monde (agréable), je me sentirai utile et active.

J’ai aussi un projet de “commémoration”. Appelons un chat un chat, cela peut paraitre niaiseux, ridicule envers celles qui ont perdu un foetus bien plus tard, voire même un bébé, un enfant. On a pas de pierre tombale à ce stade. Juste une souffrance qu’on a du mal à articuler. Ce besoin d’oublier mais de ne pas l’oublier, lui, celui qu’il aurait pu être s’il avait été juste quelques centimètres plus près.

Alors je cherche quelque chose, quelque chose qui rappelle la vie (une plante?) mais que je ne serai pas en mesure de faire mourir (elle…). Une petite fontaine – le cycle de l’eau, qui revient. Un bonsaï. Un arbuste en pot. Quelque chose (j’avais pensé à un arbre, mais en déménageant, je ne pourrai pas le déraciner).

D’ici là une page se tourne, celle de la reprise du travail. Celle qu’on aurait ne pas connaître, mais envers qui on est reconnaissant car elle nous permet d’avancer…