Le jour J

Une énième salle d’attente. Cette fois-ci pour la prise de sang, qui devrait venir confirmer le test cl**rblue negatif.

T’as beau aller dans un labo privé à 7h15 (Bon déjà ils arrivent à avoir du retard à 7h15), le délai est de 24h. 24h de plus à me fourrer et gober 11 pilules, ainsi que mon anticoagulant du soir. Non merci…

Les cauchemars de geu du week-end ont laissé place à un argumentaire mental avec mon médecin. « Vous devez sans doute avoir reçu mon dernier mail » (auquel vous n’avez même pas daigné répondre). « Comme prévu avec une icsi seule, voici le résultat du fantastique embryon » (abrutis – je déteste avoir raison dans ces circonstances).

3 pas en avant, 2 en arrière quant au deuil, avec une confiance envers le personnel médical qui baisse encore…

Dame Lapin ou la malédiction des labos PMA

Je vous avais laissé sur cet espoir de MIV + zymot, cette toute nouvelle technique proposée par l’urologue et la gynécologue.

Après un rendez-vous décalé par le civid (encore là celui-là), j’annonce que c’est ce cycle ou dans 6 mois. Mars-mai nous a apporté trop de souffrance – la FIV n°2 de mai, la grossesse surprise d’avril, les 2 GEU de mai.

CE cycle c’était donc 2 jours plus tard. Heureusement que pour une MIV, il n’y a pas de stimulation d’un mois 1/2, juste une échographie à J2, puis à J6, peut-être encore J8 puis ponction et maturation au chaud au labo, avec zymot pour les zozos et donc pas de ponction pour l’homme.

L’échographie à J2 montre donc que tout est prêt. L’échographie de J6 montre – quelques petits follicules à gauche et un gros de 14mm déjà à droite… Pas de le temps de dire ouf qu’on m’annonce la ponction pour 2 jours plus tard.

C’est donc ainsi que Dame Lapin passa ses 35 ans les jambes écartées, à être ponctionnée. A 27 ans, j’étais pliée en 2 car je sortais de mon hystérosalpingographie. 8 ans après, on y est encore et toujours.

Cette attente – 1h pour une échographie, 4h d’attente avant la ponction… On en a marre, on veut faire autre chose de notre temps, de nos samedis matins.

Le jour de la ponction donc, 4 ovocytes seront prélevés – 2 matures et 2 immatures. Plutôt pas mal sans stimulation, le même résultat que la FIV n°2 avec 300 de Gonal et 2 ans de +. Allez savoir…

On me rappelle donc le lendemain: les 2 matures fécondés, les 2 autres activés avec du Ménopur. L’ICSI a été faite. Sans le Zymot. Vous comprenez, “il n’y en a plus en stock”…

Estomaquée. L’épisode de la FIV 1 se rappelle d’une violence phénoménale, celle où le labo avait confondu ICSI et IMSI (ici). 9 ovocytes, 1 embryon qui donna une fausse-couche.

Je ne comprend pas. Je lui demande comment c’est possible. Qui a pris cette décision, à notre place, à la place du médecin, de l’urologue? Une MIV, on aurait pu décaler. On se lançait dans ce dernier essai (ai-je mentionner la tentative à $6-10.000 ici??) justement pour cette nouveauté.

Tremblante de rage. Le sentiment que les médecins ne sont pas avec nous mais contre nous. Ils achèvent ce que la nature nous a donné, notre infertilité.

A J2, les 2 embryons sont toujours là, un des 2 derniers ovocytes est devenu mature et a pu être micro-injecté. A J3, on procède au transfert d’un des 2 embryons qui est alors à J3.

Et là, le second coup de massue. La violence du traitement. Quite à me traiter comme un chéquier, autant considérer la personne qui signe derrière. Le médecin me renvoie en salle, ma vessie n’est pas assez pleine à son goût, impossible de transférer. Je dois boire et attendre.

J’ai attendu 2 heures. 2 heures à avoir tellement mal à la vessie que j’aurai pu en pleurer. Je ne vais même pas parler de l’absence professionnelle. 2 heures pendant lesquelles il est parti manger, puis il était en réunion. Les infirmiers n’en revenaient pas. Je sentais leur pitié. “Vous pourrez lui faire pipi dessus après le transfert”.

En PMA, notre dignité n’existe plus. Les jambes écartées, les multiples sondes échographies, les ponctions, les transfers. L’incapacité d’enfanter. Rajoutons en plus un traitement pareil.

Je me tortille, je les supplie d’aller vite, je crie “oui oui il est beau super allez go go go” quand on me montre l’embryon en image. Ce moment qui devrait être doux devient un supplice. Le transfert a lieu, je me précipite pour me relever et courir aux toilettes. On est loin des 1à min passées allongée, avec Sieur Biquet qui me caresse les cheveux, après chaque transfert…

Je suis désorientée, complètement. Par ce traitement, par cette erreur de labo.

Par ce laborantin qui trouve le moment opportun, quand je me tortille sur ma chaise, pour venir m’expliquer pourquoi ils ont pris cette décision. J’ai mal, il parle anglais avec un accent chinois, a un masque – je ne comprend qu’une phrase sur 2.

Je réfute toutes ses tentatives d’explications. “Le médecin verra ce qu’il peut faire pour la prochaine fois”. Comme si on fait des FIV comme si on faisait les courses. Qui peut se permettre de mettre des milliers de dollars, encore et toujours? Qui peut encore avoir confiance après cette erreur? Qui peut continuer après tout ça, 8 ans de couloirs médicaux, 3 fausses-couches, 2 GEU? C’était la dernière fois monsieur. “ah shit” – oui, comme tu le dis…

C’est donc lasse et me demandant si je ne vis pas dans un monde parallèle que maintenant, j’attend.

Je devrai me réjouir, les résultats sont exceptionnels. Seulement cela n’a pas fonctionné en TESA. La seule ICSI a provoqué une fausse-couche (ce qui est très courant quand la technique ICSI seule est faite avec une grande infertilité masculine).

Mais j’ai du mal à me dire que ça pourrait marcher. Les malentendus n’ont jamais fonctionné pour moi. L’issue peut être un négatif, encore une fausse-couche ou une autre GEU (oui c’est possible même sans trompe). Le résultat sera dans 2 semaines. Demain nous saurons si le J4 s’est développé en J5. Si plus aucun embryon n’a tenu, cela confirmera ce que l’on pense…

Compléter la famille

Même si je n’aurai pas le nombre d’enfants désiré, il y a une chose à laquelle je tenais pour ma famille: un chien!

Nous avons attendu tous les feu verts: maison avec jardin clôturé, check. Un enfant assez grand pour qu’il comprenne que ce n’est pas un jouet, check. Etre bien stables (cad arrêter les déménagements tous les 2 ans), check.

Suite à ma dernière opération et pendant le mois de déconfinement au Québec (j’exagère à peine, il y en a eu 4), nous avons visité un élevage familial. Habituée aux terriers depuis toujours chez mes parents, je savais que cette race ne correspondait peut-être pas à notre dynamique familiale. Je m’orientais vers un chien très famille, un poil dynamique mais pas trop, adorant les caresses et les papouilles, de caractère facile. Nous nous sommes donc orientés vers le fameux Golden Retriever. Visite de l’élevage: familial, les bébés sont au contact des 3 enfants de la famille, le doyen est aidant pour l’aîné ayant du TDAH, un caractère calme et joyeux. Niveau taille et interaction de mini-lapinou avec les chiens, check aussi. On se met donc sur liste d’attente, rendez-vous en 2021.

Nous sommes en 2021! J’ai complètement délaissé les rayons bébé en y traînant mon âme en peine (joke) pour le rayon chiens. J’ai déjà commencé à acheter quelques jouets, et j’ai repéré le panier, et divers autres affaires – car là contrairement à la PMA, on est sûrs d’avoir notre bébé poilu! C’est magique hein? On désire un chien, on paie, et on l’a.

Je vois des yeux se lever, bien sûr qu’un chien n’est pas un enfant. Mais quand on ne peut avoir l’un, l’autre est très bien aussi: le 4 pattes, apprentissage de la propreté, faire ses dents… Je vais me replonger dedans avec plaisir et ça ira même plus vite 🙂

Mini-lapinou a lui aussi vraiment hâte d’avoir un compagnon poilu. Si le désir d’avoir un frère ou une soeur ne s’est jamais exprimé (ou alors sous la forme de “je veux un frère de mon âge”…), l’envie d’avoir un chien est là depuis ses 3 ans. A 6 ans, on va pouvoir lui donner quelques responsabilités, lui apprendre à prendre soin d’un animal. Et il aura ce fameux compagnon de jeu (gnark).

Eté 2021 donc, la famille s’agrandira!

Et bonne année quand même!

Le premier post de 2021! J’écris de moins en moins… Moins de nouvelles, le train-train – il n’est pas trop tard pour souhaiter une année 2021 en santé, du mieux possible…

Nous y voilà. Une nouvelle année. C’était censé être la première sans PMA. La date que je m’étais fixée (mes 35 ans) arrivent à grands pas.

Pourquoi se fixer une date, me demandera-t-on. Plusieurs raisons: le début du parcours à 26 ans (et 26 -> ça fait long…), le besoin de passer à autre chose, un trop grand écart d’âge avec mini-lapinou (qui va sur ses 6 ans). Entre autres.

Puis finalement, je passerai sûrement mon anniversaire avec une dernière ponction. Oui je sais, j’en entends “mais ça devait être le dernier essai la dernière fois, gnagnagna”, et oui j’ai fait mon deuil. A peu près (le fait-on entièrement un jour?). 90% des affaires de bébé gardées ont été vendues. Certaines par l’homme car j’en étais incapable (la poussette, allez savoir pourquoi…). La réelle volonté de passer à autre chose. Puis ce dernier espoir, un peu fou, qu’on tente parce qu’on a jamais essayé sans se donner d’illusion.

La MIV. Il n’était jamais arrivé sur le blog encore celui-là. Maturation in-vitro. Plutôt conseillé aux OPK, ce qui n’est pas mon cas. MAIS comme il y avait un doute sur la qualité de mes ovocytes, peut-être que les faire maturer sans stimulation en donnera certes peu, mais de meilleure qualité. Ceci a aussi l’énorme avantage de n’avoir aucune stimulation, pas d’injection qui dicte tes journées et tes humeurs, et “juste” 2-3 échos (et tout le monde sait qu’il n’y a rien de mieux à 8h du matin qu’une petite écho pelvienne).

Zymot. Non, ce n’est pas une station balnéaire suisse, j’aurai préféré. On laisse tomber TESA (l’homme est content, pas de ponction), et on teste un nouveau procédé, couplé à une ICSI.

Et on attend de voir si ça donne des chocapic. Ou des embryons. On verra.

Je me doute bien qu’avec une réserve ovarienne déjà pas extraordinaire avec 450 de stimulation, je risque de n’avoir qu’un ou 2 ovocytes de ponctionné. Mais on verra. On le fait, car on a pas essayé. ON le fait là tout de suite car on veut tourner la page asap. Et qu’après ça on aura fait le tour. Nous avons refusé le don de sperme ou ovocytes, j’ai réussi par miracle à tomber naturellement enceinte de jumeaux avec une trompe il y a 1 an. et nous avons déjà un enfant. De même que nous avons refusé un nouveau cycle avec stimulation.

Voilà pour ce début d’année.

A côté de cela, la peine de la dernière année se résorbe, doucement mais sûrement. “Le temps fera son oeuvre” est peut-être une des phrases les plus cons à sortir en deuil, mais elle n’est pas fausse. La DPA du 14 janvier est passée, ne reste plus que la date de l’opération en mai. Je trouve le 1er anniversaire toujours un peu douloureux, puis cela s’estompe.

J’ai aussi tenu à partager mon histoire. Casser des idées préconçues: la PMA marche forcèment, encore plus quand ça a fonctionné une fois (et je ne vais pas parler de Mrs Hilton qui s’embarque en FIV pour avoir des jumeaux – un garçon/une fille svp, avec un supplément de frites), la PMA ne concerne pas les gens jeunes, syndrome du pauvre enfant unique, etc etc. Dernier témoignage ici, en espérant atteindre des gens qui ne sont pas forcément en PMA et peuvent se retrouver dans la situation de l’indélicat qui met les pieds dans le plat…

Penser à vous

J’ai toujours aimé Noël – décorer le sapin, la maison, les odeurs de sapin, de cannelle, le chocolat chaud au Bailey’s, les biscuits fait maison, les plats qui mijotent, les chants et films de Noël, dénicher les cadeaux qui feront plaisir, voir les visages s’émerveiller, traîner le 25 en pyjama avec une coupe de champagne.

Je suis au summum du plaisir de pouvoir partager ça avec mon enfant. Un bonheur sans nom, que j’ai la chance d’avoir.

Malgré tout, depuis 1 an, cette période me rappelle aussi les autres enfants qui auraient dû être avec nous.

Je vais sembler triste. Déprimée. N’avançant pas. Je m’en fiche éperdument. Celles qui ont vécu la perte d’un foetus, d’un espoir, d’une grossesse, d’un bébé sauront qu’une partie de nous se demandera à jamais à quoi ce moment aurait pu ressembler.

J’en suis entre les 2 dernières étapes du deuil: la tristesse et l’acceptation. Et je suis super fière de mon parcours et de mon avancée (oui je m’envoie des fleurs). Parce qu’après tout, il s’est passé même pas 7 mois depuis ma dernière fausse-couche et GEU. A peine 3 mois depuis qu’on a clôturé le chapitre PMA.

J’ai accepté le fait qu’à chaque J1, je n’ai plus l’espoir d’un retard qui annoncerait un gertrudage. Cela peut paraître nouille, je ne sais pas combien de personnes comprendront, mais après 10 ans à espérer chaque mois un gertrudage heureux comme celui des copines, 7 mois de guérison c’est bien. Ne plus avoir de trompes m’a enlevé cet espoir mensuel. Même lorsqu’on arrête la PMA, on peut continuer à avoir cet espoir. Sans trompes, non. Et ce mois-ci, pour la première fois, j’ai eu mon J1 sans avoir le coeur serré de cet espoir volé.

Après le deuil de mes trompes, le deuil de mes 2 GEU, avec lequel il faudra que j’apprenne à vivre. Les 2 DPA étaient pour début janvier, sachant que j’avais eu 2 semaines d’avance pour mini-lapinou, les 2 fois je m’attendais à passer Noël en maternité. Je ne peux m’empêcher de penser qu’avec mini-lapinou, nous aurions dû avoir un enfant d’1 an avec nous. Ou alors j’aurai été ronde comme un ballon, pour la dernière GEU.

Ceci est aussi exacerbé par l’accouchement prochain d’une ancienne connaissance, DPA à 15j de différence, son 3ème… Et la prochaine annonce du 4ème d’une autre ancienne connaissance (ah que c’est beau de pouvoir planifier).

Alors comme dit Sieur Biquet, on n’oubliera jamais. Et des évènements comme ceux-ci nous rappelleront ce qui nous manque.

Et c’est normal. Cela prend du temps. C’est une blessure qu’on gardera, et ce n’est pas pour ça qu’on n’est pas heureux, qu’on est pas positifs – je ne trouve même d’une résilience exemplaire (re-fleurs). J’ai gardé mon humeur, je vais vers les gens, on fait des projets. On vit avec ce deuil.

Parce qu’on parle du deuil d’un enfant, mais celui d’un foetus n’ayant pas passé 3 mois est plus tabou. Parce qu’on devrait oublier, passer à autre chose. Sauf que la plupart du temps, des bébés arc-en-ciel arrivent, et quand bien même ils arrivent, je suis certaine que la blessure reste, même si “atténuée”.

Alors ce Noël-ci, je vais l’apprécier x1.000. Et avoir une pensée pour ces 2 petits êtres partis trop tôt (et qui relèguent même la fausse couche et les 2 fc précoces).

Ce besoin de témoigner

Après avoir passé 1 mois repliée au fond de ma grotte après l’échec de notre dernière tentative, je ressens ce besoin de témoigner. Témoigner de notre parcours mais aussi, et c’est moins noble, briser la petite bulle rose de certaines.

Briser les:

  • “vous êtes jeunes”
  • “j’étais en FIV puis j’ai fait une pause tes traitements et ça a marché”
  • “j’ai eu mon premier en FIV mais après, ça a marché – la mémoire du corps”
  • “ça a marché une fois, ça veut dire que ça marche”
  • “il y a une solution à tout”.

Alors oui, j’ai l’impression d’être la nana hyper négative, à dire “oui mais…”. Mais mon histoire, c’est le fameux oui mais.

Mariés à 25 ans, tentatives bébé directement, diagnostics et première FIV à 27 ans. “Vous êtes jeunes” – oui mais il nous a fallu 3 FIV, 8 blastocystes.

On a enfin eu notre miracle, à 29 ans – un miracle car une FIV n’est pas égale à bébé malgré ce que beaucoup croient.

On a voulu se donner 3 ans pour profiter de lui, à fond, et tenter de guérir un peu. Et puis on avait ce luxe, “on était jeunes”.

A 32 ans, “encore jeunes”, on transfère notre embryon congelé. “ça a marché, on a la recette, c’est bon”. Grossesse biochimique. Des prises de sang tous les 2j, à attendre cette fois ci que le taux baisse et que le corps finisse d’évacuer cette grossesse que lui n’a pas désiré, mais que nous si.

Bon, TEC d’un embryon qui date de 4 ans, on reprend les essais, ça va marcher, ça s’est bien accroché! Paf, même scénario, avec des taux qui mettront 3 semaines à repasser sous la barre des 5ui.

Changeons de pays et de technique. 2 tentatives, 2 accroches. 33 ans, on est toujours jeunes. Une maigre récolte mais ça s’accroche! Enfin! On fait bien dit que ça finirait par c’accrocher! D’ailleurs il y a un coeur, qui bat fort à 6 semaines. Dans la trompe gauche. Bon, apparement les risques sont plus élevés suite à une FIV. C’est un peu balaud quand même:

1 sur 8 (ou 6 selon les pays) / 1 sur 4 / 1 sur 150

Bon, il ne reste qu’une trompe mais après tout, on est en FIV donc peu importe. A part le désastre psychologique d’entendre le coeur de son enfant et de devoir l’enlever sous peine d’y laisser sa vie.

Puis finalement, le cliché: moi aussi j’ai droit à un test positif sans y penser!!! Oui mais. Des taux qui stagnent. Un foetus sans activité cardiaque. Des saignements. Un sac vide. Des cachets, puis plus rien. Une fausse couche, cette fois ci sans traitement. Au moins il n’y aura pas eu de piqûre.

Oui mais. 2 semaines après une douleur insupportable. Une attente (stupide) de 24 heures. Puis 7h aux urgences. Un taux à 7.600. Une trompe rompue, du sang dans l’abdomen. La joke. 12h plus tard, me voici sans trompe.

1 sur 30.000

Oui mais “il vous reste les FIV”. Après tout, c’est juste l’espoir mensuel qu’on m’enlève non? ça fera acheter moins de cl**rbl*e. Et on est encore jeunes, 34 ans.

Oui mais. Une FIV peut ne donner aucun embryon.

Un second parcours peut ne pas connaitre le succès du premier.

Une fausse couche peut arriver plusieurs fois.

Une GEU peut arriver plusieurs fois.

Une famille peut se construire et s’épanouir avec un enfant, par choix ou non.

On doit parfois se préserver, préserver ce que l’on a, et clôturer.

Alors voilà. Les oui mais, j’en ai à revendre. Moi aussi j’aime entendre des histoires qui se finissent bien. Les beaux parcours. Mais ce n’est pas parce qu’on en connait dans notre entourage que c’est la norme à 100%.

Ce besoin de témoigner, c’est pour faire entendre une voix autre, c’est pour faire savoir qu’un parcours de PMA, même s’il a donné un miracle, n’est pas toujours synonyme de réussite…

Et maintenant…

La vie après PMA, quand celle ci se finit sur un goût amer…

J’avoue ne jamais avoir imaginé finir ce parcours sans deuxième dans les bras. Un peu presomptueux de ma part, mais après tout on avait trouvé la recette pour le premier, et on était « jeunes » (entre « » car comme cette histoire l’indique, on peut finir le parcours jeune sans enfant, comme ça peut fonctionner aux premières tentatives quand on est moins jeune).

Maintenant, que faire? Que faire quand la majorité de notre vie maritale a été rythmée par l’envie d’enfant, et l’acharnement pour obtenir ce rêve?

Que faire quand on n’a plus de tentative à planifier, de rendez vous à prendre, de milliers de $$$ à économiser?

Bizarrement on n’a plus ce blocage « on planifie rien, au cas où ». On peut planifier (enfin pas vraiment avec le covid mais on se comprend). Mais on en a pas forcément envie.

Je bascule entre hauts et bas. Les bas étant plus nombreux. Je me renferme sur moi même, je n’ai rien d’intéressant à dire à part chialer (en quebecois, se « plaindre » de son sort). Bon, je chiale aussi, dans le sens français du terme.

J’en veux aux gens de vivre leur vie sans penser à moi, sans imaginer ce que je vis mais en parallèle je ne vais pas vers eux. D’ailleurs quand on me demande des nouvelles, je n’ai rien à dire. On est (encore) confinés. On ne voit personne, on ne part pas en week-end/vacances. On a pris 3j depuis mars. On est pas retournés sur nos lieux de travail depuis ce temps. Les gens ne creusent pas…

J’en veux aux gens de vivre leur vie aussi, le covid ça tue peut être pas énormément, mais j’ai dû vivre mon hospitalisation seule. « Madame votre abdomen est rempli de sang. Vous faites une hémorragie interne, on vous opère de suite ». L’appel au mari. « Mais tu es enceinte ? Mais comment ça se fait? Tu as eu ta fausse couche! ». On ne réalise même pas qu’on risque de ne pas le revoir, ni notre fils. On réalise après coup. On encaisse ça, chacun de notre côté.

La blessure de la perte de ma seconde trompe s’est rouverte en même temps que le chapitre pma se ferme. J’ai ce besoin de témoigner, pas auprès de mes connaissances, ça fait 7 ans qu’ils savent qu’ils vont m’entendre dire de mauvaises nouvelles si on me parle de pma. Ce besoin de dire que la pma, que la fiv n’est pas forcément synonyme de réussite. Que ça peut marcher 1 fois, pas 2. Qu’on peut vivre 2 GEU. Survivre à 2 GEU.

Ce mois ci les rubans roses fleurissent. Pour la première fois j’affiche un ruban rose et bleu sur mon profil Facebook. Même si certaines de mes pertes étaient précoces, à 5 SA, elles n’en restent pas moins légitimes. Surtout quand on en encaisse 3, avec les 2 GEU.

Jeudi dernier était la journée du deuil périnatal. Ces anges partis trop tôt. J’ai réalisé, me suis souvenue à quoi ressemblait un embryon à 6 et 8 semaines. Un fœtus. Un cœur. Des débuts de membres pour 8 semaines.

Alors que faire quand tout ça est derrière nous? Avancer. Prendre 1 jour à la fois. Pleurer. Faire le tri et dire au revoir aux affaires que l’on gardait « au cas où ». Et surtout, chose qui m’est difficile, accepter que cela prenne du temps…

Clap de fin

34 ans

1 TEC et 3 FIV pour ce second enfant (au total 4 ou 5 TEC et 6 FIV)

Des doses maximales de 450ui

5-7 follicules pour au final 9 ovocytes prélevés

8 matures et micro-injectés

1 à J1

0 à J2

On aura tout essayé.

On aura tout accumulé. Depuis les fausses-couches, à la grossesse extra-utérine, aux jumeaux cumulant les 2 et m’envoyant à l’hôpital en hémorragie interne, à la tentative sans même de transfert. Plus ça va, pire c’est.

On s’y attendait. On s’y préparait. Mais le vivre sans même avoir eu ce dernier espoir… c’est compliqué.

L’abandon

Abandon du blog…

Je réalise que je n’ai pas écrit depuis plus d’un mois… Je ne me sens plus vraiment à ma place ici. La communauté telle qu’elle était il y a 6 ans (déjà!) n’est plus la même. Les familles se sont construites (dans la majorité des cas), je suis une des rares à encore trainer sur le quai. Et je n’aime pas ce sentiment.

J’ai remarqué une forte communauté infertile sur IG, alors j’ai migré là-bas. Tout en m’apercevant après 2-3 semaines que voir les + des premiers essais, voir les 20 follicules donner 15 embryons, me font aussi mal. Pourquoi pas moi? Ce sentiment que je porte chance aux gens autour de moi, sans l’avoir en retour (et là je me sens ingrate car j’ai déjà la chance d’avoir un enfant).

Bref, je fais du surplace. Je vivote. J’essaie d’être dans une bulle, pour me protéger. J’ai déjà beaucoup de grossesses naturelles autour de moi, alors ajouter en plus les virtuelles…

Ici de mon côté j’ai eu ce second avis. Positif. J’ai aussi réussi à avoir l’hématologue après un parcours très complique (vive le système de santé d’ici). On garde mon ami le l*ven*x.

On est donc partis sur un protocole long.

Pilule commencée fin août, qui m’a donné pas mal de nausées la première semaine. Après 10 ans d’arrêt, mon corps n’est plus habitué… J’ai commencé le suprefact début du mois, et avec ça les bouffées de chaleur. J’ai eu droit à une petite frayeur due à un mal de jambe carabiné prolongé; peur d’une thrombophlébite, des médecins qui voulaient me renvoyer aux urgences pour une simple écho (20 heures d’attente pour ça, non merci). J’ai réussi à me débrouiller, à avoir un rendez-vous, qui a pu me rassurer.

Demain, premier contrôle, échographie du début de journée pour voir si tout dort bien. Puis j’aurai droit à 2 injections/jour de suprefact, et 450ui de ménopur. Prochain dosage 8 jours après.

Cette impression de lassitude. Toujours la même, à devoir écarter les jambes à 8h du matin 6 ans après. 7-8 ans même après le tout début du parcours.

J’accepte les piqûres par automatisme. Je n’éprouve ni la joie, ni l’excitation que je pouvais avoir avant, de penser qu’on pourrait avoir une bébé après cette tentative.

On va déjà voir la récolte, en espérant qu’elle soit moins pourrie qu’il y a 1 an 1/2. Puis on verra le nombre d’embryons. Puis le résultat. Et surtout, s’il tient…

En parlant de récolte pourrie, l’AMH de 1,3 ne semble pas inquiéter la doc (de toute façon, on est aux doses maximales, il n’y a rien de plus à faire), mais les 4 follicules à 33 ans, quand autour de moi je vois des récoltes de 15 et + qui donnent beaucoup d’embryons, me fait dire que je fais bien de fermer les portes, elles se fermeront aussi d’elles-mêmes…

I love you

*Article ressorti des brouillons d’il y a un an 1/2. Déjà tant de temps écoulé. Passé 5 ans, c’est plus simple, petite lueur d’espoir pour celles dans le tourbillon des terrible two au fucking four*

Après ta 3eme colère dans le magasin où on est allés faire les courses, j’ai soufflé, lève les yeux au ciel, juré que je ne t’emmènerai plus

Mais je sais que je referai ce moment qu’on a en tête á tête, parce que I love you

Parfois le matin en arrivant au bureau, je dis que je vais enfin pouvoir me reposer. Á 8h. Parce que la préparation du matin a été compliqué (en mode Ninja je-veux-pas-m’habiller, je cours nu et je hurle quand tu oses me mettre un slip).

Mais chaque soir j’ai hâte de te récupère parce que I love you

Je dis souvent que les vacances avec un enfant (sans mini club), ce ne sont pas des vacances. Parce que même si c’est se créer des souvenirs, c’est aussi te surveiller constamment, faire des choses adaptées pour toi, une joie et une responsabilité.

Malgré tout j’aime programmer legoland et une visite á l’aquarium, pour toi, parce que I love you

Parfois, je parle plus de ces moments difficiles que des beaux moments.

Parce que ça me brise le cœur de savoir que chaque moment est unique et que je ne le vivrai peut être plus jamais

Il m’arrivait de devoir m’isoler quand je ne travaillais pas et que je te gardais 2 jours/semaine, pour reprendre mon souffle

Mais maintenant ces journées en tête à tête me manquent parce que I love you